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lundi 11 avril 2011

Les monologues du fondant

A l’instar de ma collègue Fa?za, je suis en proie à une addiction sévère. Elle, c’est les séries américaines. Moi, c’est le sucre. Je suis l’incarnation du slogan ? manger des fruits ?, mais uniquement transformés en gateaux. Le fruit nature, tombé de l’arbre, c’est pour les sauvages. Alors je lutte, car ces délices ont un prix cher à payer. Un ? plaisir des yeux ? suffit à me faire prendre un kilo. Alors, pensez, si je réponds à l’appel, je serai condamné à une olive pour trois jours, tout ?a pour ne pas avoir le popotin d’Idir.
Dessert fatal : le fondant au chocolat. Très bon pour le moral, le chocolat, comme chacun sait ! Ah, le fondant. Rien qu’à prononcer ce mot, je suscite un casting de film érotique : ? Hummm, oui ! ?, ? Que c’est bon, j’en veux… ?, ? Oh, salaud, vas-y… ?, ? Que c’est bon, ferme à l’extérieur, chaud coulant à l’intérieur… ? J’arrête, je ne suis pas là pour écrire ? les monologues du fondant ?. Quoique…
Le fondant au chocolat, c’est en général deux fois dans l’année. Pas plus. Car je n’ai pas le courage de Lucian Bute, ce boxeur champion du monde des supers moyens. Dans une interview, il parle de son ventre de plaquettes de muscles, résultat d’entra?nements dignes d’un Spartiate. ? Faut faire fondre le chocolat d’hier soir ?, dit cet arrogant en rigolant. Mes baskets à moi sont fatiguées, j’aime plus les regarder que les chausser.
Ma première fois avec un fondant fut lamentable. Je m’étais lancé dans sa préparation. Il n’était pas du tout à la hauteur de sa réputation. J’ai failli renoncer. Jusqu’à ce jour de grace où Olenka a surgi dans ma vie. Cette reine varsovienne du chocolat m’avait convié à une fête à laquelle je n’étais pas allé. Mais par un heureux hasard, j’avais pu go?ter à son gateau. Dès la première bouchée, ce fut jouissif. Croustillant, coulant, les sensations y étaient. Et quel go?t ! A peine déballé, ce délice a fini dans les ab?mes de mon ventre.
Me voilà transformé en harceleur, et le mot est faible. Je voulais sa recette, et j’entrepris de l’avoir à tout prix : mail, fax, lettre, pigeon voyageur, morse, signaux de fumée indiens, tout vous dis-je. J’étais devenu accro à son fondant au chocolat. Au bout d’une semaine, Olenka, n’en pouvant plus de mes assauts je suppose, m’a envoyé sa recette par la poste, y ajoutant même des conseils pour réussir la cuisson de cette merveille.
Ni une, ni deux, me voilà entouré de mes meilleurs amis, les ?ufs et le sucre. Je ne vous le cache pas, ce roi du dessert est fastidieux à préparer. Je l’ai raté la première fois. Il n’était pas du tout ? ferme à l’extérieur et chaud coulant à l’intérieur ?. Mais lorsque je suis enfin parvenu à le reproduire, j’ai crié tel le docteur Henry Frankenstein : ? Je l’ai réussi ! Je l’ai réussi ! ? Le temps de le laisser refroidir, et ce fut le Nirvana. Emmenez-le dans une soirée, et on parlera de vous longtemps.
Le fondant au chocolat est fait pour les grandes occasions. On aurait d? le mettre au menu de la rencontre Obama-Netanyahu, qui a eu lieu cette semaine à Washington. Peut-être ne se serait-elle pas soldée par un échec. Il faudra songer à décerner un jour le prix Nobel de la paix à un patissier.
Malik Youssef
Le coin recette : Le fondant au chocolat d’Olenka.

? Si ferme à l’extérieur et chaud coulant à l’intérieur ? ok, ok, j’arrête.
Chorba Boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.
Ingrédients* : 4 ?ufs, 90 g de beurre, 195 g de sucre en poudre, 80 g de poudre de noisette ou d’amande, 1 cuillère à soupe de crème fra?che, 100 g de chocolat noir à 70 % de cacao, 80 g de farine, 20 g de cacao amer en poudre, du sucre de glace pour la déco (facultatif).
La préparation : Séparer les blancs d’?ufs des jaunes. Dans un autre récipient, mélanger le beurre bien ramolli mais pas fondu avec 175 g de sucre et la poudre de noisette ou d’amande. Y incorporer les jaunes d’?ufs et la crème fra?che. Mélanger. Faire fondre le chocolat. L’incorporer tiède au mélange précédent. Mélanger pour obtenir une consistance lisse. Ajouter la farine et le cacao amer en poudre préalablement tamisés ensemble. Mélanger avec une spatule en bois.
Dans un autre saladier, monter les blancs en neige avec les 20 g de sucre restants. Beurrer et fariner un moule à gateau. Y verser la préparation.
Cuir a four à 160°C (th.5-6) pendant 10 minutes**
Piquer les bords du gateau avec la lame d’un petit couteau. Si la lame ressort propre, le gateau est cuit. Sortir de four, laisser refroidir puis démouler.
* Pour un moule de 24 cm, il faut impérativement doubler les mesures.
** Surveiller la cuisson de très près à partir de là, afin que le c?ur du gateau reste chaud coulant à l’intérieur !

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